Syndicat SUD-Rail de Paris St-Lazare Travailleurs du Rail Solidaires, Unitaires et Démocratiques
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INFO ou INTOX sur les cheminots

Les "odieux acquis"

Lorsqu'un spécialiste du rail répond à un journaliste qui reprend la rhétorique patronale, voilà ce que cela donne :

Interview de Marnix Dressen. Sociologue et Professeur des Universités. Ses recherches portent principalement sur les conditions de travail des agents de transport ferroviaire, et plus largement sur le transport ferroviaire.

Le mercredi 11 juin, 46 % des agents de la SNCF étaient en grève. En cause, la réforme ferroviaire proposée par le gouvernement qui prévoit notamment la fusion de la SNCF et du Réseau ferré de France. Pourtant le statut particulier des agents de la SNCF demeure bien souvent envié par bon nombre de salariés. Quel est actuellement le statut de ces agents ?

Vous avez raison de poser cette question. Les cheminots sont aussi inquiets à propos de la sauce à laquelle on voudrait les manger demain.

Pas plus qu’aucune autre profession la perspective de perdre les avantages qui sont les leurs en matière de garantie de l’emploi, de déroulement de carrière, de retraite (pourtant bien réduite, à la suite des "réformes" successives), ne les enthousiasme pas. Ils savent aussi que le "statut du cheminot" (qui date de 1950) ne leur a pas été accordé pour leurs beaux yeux mais comme une contrepartie aux sujétions qui sont les leurs et que le grand public ignore souvent. Pensons qu’une partie d’entre eux est amenée à travailler les week-ends, la nuit, ou encore les jours fériés et qu’ils sont immédiatement mobilisables en cas d’accidents, d’intempéries graves, etc. Nous sommes tous bien contents de pouvoir compter sur eux à partir de 5h du matin et parfois jusqu’à minuit dans les grandes gares.

 

Qu'y a-t-il de différent avec les autres acteurs ferroviaires de France ?

Les cheminots de la SNCF savent bien aussi que les conditions de travail et d’emploi sont bien inférieures dans le ferroviaire privé. On l’ignore souvent mais sur Réseau ferré de France roulent une demi-douzaine d’entreprises privées de transport de marchandise. Un conducteur de train dans le ferroviaire privé n’a droit qu’à 102 repos simples (d’une journée) par an contre 52 repos doubles à la SNCF (mais ceux-ci ne seront que 12 fois par an le samedi et le dimanche). Et encore, le privé ne respecte pas toujours ses propres règles. En mars 2013, le premier concurrent de la SNCF dans le transport du fret a été condamné pour 162 infractions constatées par un seul inspecteur du travail en une semaine dans une seule unité opérationnelle. Il a relevé des dépassements de la durée maximale hebdomadaire absolue du travail, de l’amplitude journalière du travail et du non-respect des périodes de repos journalier. Les amendes infligées à l’entreprise d’une part et à son PDG d’autre part, qui ont fait appel, sont d’une particulière sévérité : 113 400 euros chacun. Imagine-t-on ce qui passera le jour où un conducteur de train après 18 h aux manettes s’endormira et percutera un train de voyageurs ? Ce genre de violation de la loi n’est pas pensable à la SNCF, du fait de la présence syndicale et évidemment les cheminots qui seront en grève demain n’ont pas envie de voir leurs conditions de travail se dégrader de cette façon.

 

Un rapport de la Cour des comptes datant de 2010 notait notamment que les agents de la SNCF avaient "un temps de travail inférieur à la durée légale". Combien de temps travaillent les cheminots en moyenne ? Comment expliquer cet avantage que d'autres fonctionnaires n'ont pas ?

Il se peut que des (et non les) cheminots aient une durée de travail effective inférieure à ce que prévoient les textes. Cela peut tenir par exemple à ce qu’un conducteur de train arrivé à destination a déjà épuisé une bonne période du temps de travail du jour ou de la nuit et ne peut donc ramener un train d’où il est parti en début de poste. Il se peut aussi que l’organisation du travail soit parfois déficiente et il faut bien mesurer que les restructurations permanentes bien souvent chaotiques créent souvent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. Lorsqu’on parle de temps de travail, il faudrait aussi parler de ceux qui dans les bureaux ramènent du travail à la maison, ce travail gratuit se pratiquant dans certaines fonctions à la SNCF comme ailleurs. Précisons aussi que les cheminots français n’ont jamais été des fonctionnaires, à la différence de leurs homologues allemands, suisses, italiens, etc. avant les restructurations en cours qui touchent nombre de pays.

 

Toujours selon ce même rapport, les agents de la SNCF jouissent d'augmentations de salaires "trop rapides". Combien gagnent-ils en fonction de leur statut ? De quoi dépendent ces augmentations ? Pourquoi ont-ils cet avantage ?

Nous avons aussi étudié cette question et au contraire, il en ressort que les salaires des cheminots sont plutôt bas et même très bas en début de carrière. Ces traitements sont en outre quasiment bloqués et en tout cas, la valeur du point d’indice augmente moins vite que le taux d’inflation. Il est presque cocasse de les pointer du doigt sur ce plan, alors qu’on ne cesse pas de leur dire en interne que la faiblesse de leurs salaires est compensée par des avantages en nature comme un parc de logement social, un Comité d’entreprise qui dispose de moyens non négligeables (maison de vacances, etc.).

 

La quasi-gratuité des transports dont les agents de la SNCF ont droit est de notoriété publique. Comment se caractérise cet avantage précisément ? 

Les cheminots ont des "facilités de circulation" pour eux-mêmes et pour leur famille, cela fait partie de ce qu’on appelle un salaire indirect. Constatons pour être impartial que chaque profession ou presque bénéficie de petits avantages. Les journalistes, par exemple ont des abattements fiscaux importants depuis la Libération, les restaurateurs  ont des frais de nourriture réduits, les surveillants de prison et la police en tenue disposent de vêtements de travail… fournis par leur employeur, l’État.

Il en est de même des navigants dans le transport aérien. Dans les entreprises importantes, certains cadres ont des "voitures de service " ou mieux "de fonction", avec lesquelles ils peuvent partir en vacances. Les militaires bénéficient les mêmes facilités de circulation que les cheminots et prennent leur retraite à taux plein bien avant tout le monde, ce qui leur permet d’entamer une nouvelle vie professionnelle en cumulant emploi et retraite. Cela ne soulève pas d’émotion particulière à ma connaissance. D’ailleurs, les magistrats de la Cour des comptes n’ont à se plaindre ni de leur niveau de rémunération, ni de leurs carrières ni des facilités de toutes sortes qui leur sont accordées. Tout cela ne provoque pas de scandale. On pourrait pourtant comparer leur dotation budgétaire et celle qui est accordée à l’université…En fait, sous couvert de s’en prendre aux avantages des cheminots, il s’agit encore et toujours de s’en prendre aux salariés, petits de préférence,  sans se préoccuper des vraies injustices dans ce pays en matière d’emploi, de logement, d’accès à la santé, à la culture, à l’enseignement supérieur, etc. Et ces inégalités elles se développent toujours plus comme l’Insee, un organisme d’État le constate régulièrement.

 

Comment expliquer en conséquence les nombreuses grèves organisées par les agents de la SNCF ?

Est-on si sûr que les grèves à la SNCF soient nombreuses, plus nombreuses par exemple que celles qu’on constate dans une entreprise de taille et de statut comparable, l’EDF ? Nous menons actuellement une recherche sur une grève de près d’une semaine menée à l’automne 2013 chez cet opérateur ferroviaire privé dont on parlait tout à l’heure. Personne ou presque en avait entendu parler, elle ne gênait que leur employeur et bien sûr les clients. En fait, ce sentiment que les cheminots sont souvent en grève vient d’une part de ce que les grèves de « roulants » (les conducteurs et les contrôleurs) sont très visibles parce qu’elles perturbent les circulations des usagers. Il faut aussi constater que tous les dysfonctionnements dans les circulations sont facilement attribués par le public à des grèves alors qu’il y a aussi des pannes de matériel, des rails qui cassent, des caténaires qui se rompent faute d’entretiens, sans parler des installations vandalisées. Et puis, une fois encore, il n’est pas anormal de se défendre lorsqu’on s’estime menacé. Si la France a encore un modèle social que bien des salariés d’autres pays nous envient c’est bien qu’il y a eu des mobilisations collectives pour le construire. 

Le lynchage médiatique

Article du journal Libération - dimanche 22 juin 2014

 

On a beau y être habitués, on a beau en avoir beaucoup vu tout au long d’une longue existence, on a beau ne plus rien attendre des journaux télévisés en termes d’information, on reste encore stupéfait du lynchage médiatique subi par les cheminots lors de leur dernière grève.

 

Évidemment, les télés leur ont refait le coup de l’usager pris en otage, en tendant tous les micros possibles vers tous les passagers en perdition de toutes les gares parisiennes surpeuplées. Rien de neuf. Cet exercice de style, traditionnel, s’est vu heureusement agrémenté d’une variante : l’innocent candidat au bac philo, cruellement empêché de concourir par la grève. Dès les petites heures du matin, les envoyés spéciaux se pressaient aux portes des centres d’examen, dans l’attente d’hypothétiques retardataires en détresse. On sentait que s’ils pouvaient se faire hara-kiri et s’effondrer ensanglantés devant les caméras, le geste serait apprécié. L’épreuve s’étant déroulée sans drames notables - chose incroyable, les candidats avaient «pris leurs dispositions» et s’étaient fait véhiculer par leurs parents - on passa à autre chose. France 2 donna la parole à des syndicalistes non-grévistes de la SNCF, qui détaillèrent leur supplice : non seulement les grévistes tentaient de les convertir, mais il arrivait même qu’ils retrouvent leurs pneus «lacérés». Combien de non-grévistes avaient-ils été ainsi victimes de violences ? On ne le saura pas, la question n’ayant pas été posée.

 

Et les grévistes ? Ne leur donnait-on jamais la parole ? Bien sûr que si, voyons. On est pluralistes, à la télévision française. On fait entendre tous les sons de cloche. Entre deux malheureux otages, le gréviste était donc montré en ses œuvres, le défilé avec banderoles et fumigènes - vous comprenez, il faut bien des images ! - éructant de préférence des ultimatums et des menaces, par exemple à l’égard de la malheureuse directrice commerciale de la SNCF, descendue sur le terrain tenter de s’opposer à une occupation de voies. C’est l’écriture habituelle. D’un côté, les gens responsables - dirigeants, non-grévistes, journalistes spécialisés - s’expriment posément. De l’autre, le gréviste éructe. Il faut croire qu’il est né en braillant et mourra avec un mégaphone à la main.

 

Mais le concert médiatique ne s’en est pas tenu là. Tout au long de la grève, il a repris le refrain de la grève dont personne ne comprend les raisons, à commencer par les grévistes eux-mêmes. Ministres et éditorialistes s’en sont donnés à cœur joie. Au premier rang, le multicartes Jean-Michel Aphatie (RTL, Canal +, Twitter). Si vous voulez savoir ce que pense cette entité complexe et souvent indéchiffrable qu’est le Système médiatique, lisez les tweets d’Aphatie, écoutez ses questions sur RTL, guettez sur Canal + ses moues sceptiques. Vous avez le Système en action, incarné. Donc, les cheminots, par leur grève, perdaient des journées de salaire, mais sans savoir exactement pourquoi, sans doute pour le plaisir.

 

Pensez donc, pourquoi se battre contre une réforme ferroviaire qui prévoit - enfin ! - la réunification de la SNCF et RFF, les deux entités distinctes dont l’absence de communication a abouti au fiasco des trains trop larges pour les quais, fiasco qui a provoqué le mois dernier l’hilarité mondiale ? Mais qui, parmi ces «spécialistes», s’est penché en détail sur cette «réorganisation» de la SNCF et de la RFF ? Qui a vu que sous l’aile de la société réunifiée, elle créait en fait… deux autres entités distinctes, passant donc d’une usine à gaz bicéphale à une usine à gaz tricéphale, avec trois états-majors au lieu de deux, trois masses salariales d’états-majors, trois susceptibilités d’états-majors ? Personne. Sans doute était-ce trop complexe à expliquer dans un JT.

 

Quant à l’impact de la réforme ferroviaire sur les cheminots eux-mêmes, le Système a claironné en boucle que la réforme, dans l’immédiat, ne changeait rien à leur statut. C’est vrai. Mais elle ouvre la porte à une rediscutions, dans la perspective de la concurrence internationale, de leurs conditions de travail, et notamment de leur durée du travail hebdomadaire. Journées rallongées, plages de repos raccourcies, avec les habituelles conséquences sur la vie familiale et éventuellement, s’agissant des roulants, sur la sécurité. Pourquoi pas ? Tout se discute, tout peut toujours se négocier. Mais pourquoi ne pas simplement le reconnaître, sinon parce qu’on a décrété une fois pour toutes que les cheminots étaient des nantis bardés d’avantages anachroniques, dans une spirale de calomnie sans fin dont les médias sont à la fois les acteurs et les victimes.

SUD-Rail LUTTE

AUSSI...

...POUR

QUE CELA

N'ARRIVE PLUS!!!

15 Novembre 2015 - Une rame TGV test déraille avec 49 personnes à bord, dont "quelques invités". 11 morts dans l'accident. Avant même me début de l'enquête M. PEPY pointe du doigt les 2 conducteurs et la cadre traction chargés de la conduite du train ;  une première....                 Ils sont hors de cause aujourd'hui ..!

20 Octobre 2015 - Une ZGC dérive sur 19 kms entre Albancourt (oise) et Rouen, suite à une anomalie technique consécutive à un heurt de 2 vaches. 

15 Décembre 2014 - Un train technique de l'INFRA (SNCF Réseau)  recule dans un TER (SNCF Mobilité) en gare de St-Germain-des-Fossés : une trentaine de blessés

09 décembre 2014 - Une rame du RER A est déviée inopinément à grande vitesse sur une aiguille à 30 km/h en gare d'Achères Grand Cormier : Un déraillement dramatique a été évité.

17 juillet 2014 - "Rattrapage" entre 2 trains à Denguin : 9 blessés dont 4 grièvement

23 décembre 2013 - Déraillement d'un wagon de déchets nucléaires à la gare de triage du Bourget.

12 juillet 2013 - Catastrophe ferroviaire en gare de Brétigny sur Orge : 7 morts et 32 blessés marqués à vie

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